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La Romance Dans tous Ses Etats

La Romance Dans tous Ses Etats

Blog de recettes faciles, idées de balades sur la Côte d'Azur, avis sur les bons (et les moins bons) restos de Nice et sa région. Un peu de films, un soupçon de romans, quelques billets d'humeur .... Bienvenue sur le Blog de Cristiana et Tiphanie.


ROMANCE à lire en Ligne : ANNA Page 8

Publié par Cristiana Scandariato sur 18 Juillet 2017, 11:17am

Catégories : #LIVRES ROMANCE

Romance à lire en ligne

 

ANNA PAGE 8

 

Pendant qu’Anna s’installait et essayait de prendre ses marques dans cette immense bâtisse en suivant la camériste qui lui faisait visiter les lieux, James, obéissant aux ordres du marquis, avait déjà envoyé un coursier dans le centre de Londres. Karl avait pris sa décision. Mais il n’avait pas envie de parler. Réfugié dans sa chambre, il avait renvoyé James, lui demandant de bien vouloir le laisser tranquille. James ne s’était pas offusqué. Il était heureux que le marquis ait finalement pris la décision qui s’imposait. Il était encore plus impatient que son maître de recevoir la réponse à la missive envoyée à midi. Pendant ce temps, Anna déambulait dans l’office pour rencontrer les domestiques. Ils étaient nombreux. Un peu plus de vingt. Et Anna se demanda à quoi il pouvait bien tous s’occuper étant donné que le marquis ne donnait aucune réception. Mais le château était gigantesque et les pièces nombreuses.

- Ce salon est réservé au personnel, lui dit la camériste en lui apportant son thé. Le maître a eu la bonté de nous laisser cet emplacement si jamais nous voulons recevoir du monde ou si simplement nous désirons nous détendre. Regardez mademoiselle, il y a un piano juste là. Madame Sistery, l’aide cuisinière, nous joue parfois quelques mélodies.

- Vraiment ? s’étonna Anna. Le marquis vous laisse le privilège non seulement d’utiliser une pièce pour vos commodités mais en plus il vous permet de recevoir vos amis ou votre famille ici ?

- Oui mademoiselle. Lorsque je dis ça à ma cousine qui est camériste comme moi mais dans un autre comté, et bien, elle n’arrive pas à y croire. Peu de domestiques ont ce privilège en effet mademoiselle. Lorsque monsieur est devenu marquis, il a insisté pour que nous nous sentions bien. Il n’est pas très causant depuis l’accident et nous ne le voyons jamais car il passe son temps enfermé dans sa chambre. Cela dit, la plupart d’entre nous le connaissons depuis longtemps. Certains même l’ont connu étant enfant. Nous sommes heureux qu’il soit devenu le maître.

Après une révérence, Jenny se retira.

 

Sans le vouloir vraiment, Anna commença à partir dans des rêveries concernant son nouveau patient. Elle ne savait pas pourquoi elle se mettait à penser à lui. Pourquoi son regard l'attirait, un regard qui passait de la gentillesse à la moquerie avec des plissures coquines qui accentuaient son charme malgré tout. Mais c'était surtout son sourire qui commençait à la faire chavirer. Anna se leva, mécontente devant ce qu'elle venait de penser. Elle devait être épuisée. C'était lui qui l'avait épuisée. A garder constamment la tête froide, le ton poli et la politesse exquise d'une infirmière devant un patient, elle avait trop cadenassé son véritable caractère. D'où la fatigue maintenant, pensa t-elle. Il fallait qu'elle se reprenne. Elle se rassit dans le fauteuil, la tête tournée vers les hautes fenêtres tout en admirant la verdure d'un jardin fleuri et luxuriant. Peu à peu, elle ferma les yeux, harassée de fatigue.

Le visage du marquis vint de nouveau se positionner à la première place dans ses pensées. Elle revoyait son sourire ravageur qui lui donnait un air indomptable. Presque dangereux. Même sur sa chaise, immobilisé, blessé, il occupait l'espace. Une présence forte, une puissance indéniable. Il dégageait.. un petit quelque chose d'irrésistible. Anna n'arrivait pas très bien à définir son ressenti. Quelque chose la faisait frissonner. Quelque chose qu'elle ne comprenait pas encore très bien. Un magnétisme. Une voix grave provocante et audacieuse. Un animal prêt à bondir. Elle se demanda alors ce que cela donnerait de le laisser effectivement bondir sur elle. C'est alors qu'elle ressentit un léger frisson lui parcourir l'épiderme. Son corps s'était un peu arqué à l'instant même où elle avait laissé son esprit décoller devant l'imaginaire : le marquis se levant et bondissant sur elle. Ses paumes, tièdes, effleurant son décolleté, laissant son corps moite et réceptif à ses caresses. Les picotements se firent plus insistants. Elle arrivait même à ressentir les mains de l'homme sur elle. Elle commença à s'affoler. Puis ouvrit les yeux. Posant sa main sur sa poitrine, elle entendit les battements désordonnés de son cœur. Elle avait besoin d'un bon bain rafraîchissant.

 

 

 

Quand elle sortit de la salle de bain, il était l’heure du repas du soir. Elle se sentait ragaillardie, propre et fraîche et d’humeur joyeuse. Elle avait décidé de porter une légère robe de mousseline bleue qui lui dégageait le cou et les épaules. Elle se coiffa d’un chignon agrémenté de boucles qui tombaient sur le devant. Elle dîna de bon appétit, refit ensuite une promenade autour du château puis, voyant venir vers elle deux gros chiens, elle se surprit à avoir envie de courir avec eux. James et Jenny, devant les fenêtres de la cuisine, la regardaient s’amuser avec les molosses à qui elle jetait des balles et qui les lui ramenaient à chaque fois. L’intendant et la camériste la regardaient avec le même air : surprise, contentement et un soupçon de certitude que cette jeune personne, fraîche et d’une beauté époustouflante, ne pourrait pas laisser leur maître indifférent. Elle venait à peine d’arriver et déjà la maisonnée respirait le bon air du printemps. Toutes les fenêtres avaient été ouvertes. Toutes les pièces avaient été aérées. Et cela devait être fait tous les jours, avait demandé Anna dans la foulée. Des fleurs agrémentaient les pièces maintenant totalement nettoyées. Ce fut quand ils entendirent le rire de Anna qui couraient toujours derrière les chiens que Jenny se permit un commentaire en se tournant vers James :

- C’est vous qui avez eu l’idée de la faire venir ici monsieur ?

James hocha la tête. Jenny poursuivit en tournant de nouveau le regard vers la jeune sportive :

- Je suis persuadée que c’est là une excellente idée monsieur.

James ne répondit pas. Il regardait toujours Anna avec les sourcils froncés.

 

 

Les quatre jours qui suivirent firent penser à Anna qu’il était agréable d’être riche. Le château, maintenant qu’il avait été nettoyé parfaitement et agrémenté de fleurs odorantes dans toutes les pièces, était le lieu idéal pour y vivre tranquillement. La beauté du jardin, le luxe de la maisonnée, le silence et les doux rayons du soleil qui commençaient à se frayer un passage à chaque promenade, étaient le comble de la félicité. De l’autre côté, en plein centre ville, la foule devait être en train de hurler pour qu’on s’arrête à leur stand et acheter l’un des produits artisanaux. La différence était colossale. Anna avait grandi dans une petite maison dans laquelle le confort avait sa place. Mais rien évidemment de comparable au lieu dans lequel elle évoluait depuis le début de la semaine. Elle était loin du bruit et de l’agitation des grandes villes. Tant de plénitude allait finir par lui faire regretter le moment du départ. Elle se disait qu’elle allait devoir s’occuper du marquis lors de son retour. Ce qui n’était pas une sinécure. Cela dit, le reste du temps, elle pourrait savourer en toute quiétude la féerie d’un lieu splendide. Alors qu’elle était dans le petit salon adjacent à la cuisine et qu’elle attendait qu’on lui apporte le repas de midi, elle aperçut par la fenêtre un fantastique carrosse s’arrêter. Curieuse, elle essaya de voir à travers les rideaux à qui appartenait ce somptueux équipage. Au même moment, Jenny entra avec le plateau repas. Elle s’approcha d’Anna qui ne l’avait pas entendue entrer pour lui annoncer que le déjeuner était servi. La jeune femme sursauta comme prise en faute mais réussit toutefois à lancer un charmant sourire à la camériste.

- Mademoiselle de Trolien n’est pas coutumière d’une visite improvisée, dit Jenny en déposant le plateau sur la table et en agençant les couverts. D’ordinaire, elle se fait annoncer par de nombreux courriers auxquels notre maître ne répond pas toujours. A l’évidence, elle a du s’inquiéter de son silence.

Anna hocha la tête et répondit que la voiture privée était d’une grande beauté. Jenny lança un petit rire discret :

- Oh oui mademoiselle. Tout ce que possède la famille de Trolien est absolument splendide. Elle est la fille du comte et espère se marier rapidement.

- Oh ! lança Anna qui préféra se défaire de sa curiosité pour attraper un quignon de pain.

Mais elle ne put résister à l’envie d’en savoir davantage.

- Serait-elle fiancée ? demanda t-elle en avalant un bout de pain.

- Pas encore mademoiselle. Pour cela, il faudrait que le maître s’intéresse à elle autrement que pour lui demander de cesser ses visites qu’il ne peut supporter.

- Pourquoi cela ? Est-elle laide ?

- Oh non mademoiselle, elle est très jolie et très riche. Elle serait une parfaite épouse pour le maître. Feu monsieur le marquis avait un autre fils, monsieur Robert. Il a été marié une première fois mais son épouse n’arrivait pas à lui donner de descendance. Il l’a donc répudiée et devait épouser mademoiselle de Trolien.

- Avec son consentement ? Je veux dire, cette demoiselle était d’accord ?

- Oui mademoiselle.

La camériste aurait aimé en dire plus. Elle adorait les commérages. Ils faisaient parti de la vie intégrante des domestiques, trouvant dans la dispersion de rumeurs persistantes un semblant d’activité. Ils passaient leur temps à travailler. Le passe temps le plus agréable pour eux était de s’arrêter un instant sur les babillages de la cuisinière qui en savait toujours plus long que les autres. Mais Jenny n’osa pas aller plus avant avec Anna. Après tout, la demoiselle n’était pas une domestique comme eux tous.

- Et la chose ne s’est pas faite, lança calmement Anna en levant un sourcil comme un point d’interrogation en la fixant de ses grands yeux verts.

Ce geste eut pour effet de mettre Jenny dans de bonnes dispositions. Ce fut toute contente qu’elle répondit :

- Monsieur Robert est décédé au début de l’année. Il ne reste que notre maître maintenant pour qu’elle puisse devenir marquise.

Anna sourit. Elle tourna la tête et distingua très clairement une main tenue en respect dans un gant de dentelle s’appuyer sur la portière du carrosse. Un grand chapeau cachait son visage mais le profil restait clair. Elle voyait une chevelure blonde et bouclée, un nez droit et des lèvres fines. L’élégance était visible et Anna ne put s’empêcher d’admirer la finesse de la dentelle et le port digne de cette charmante lady. Puis, préférant ne plus occuper son esprit à des choses qui ne la regardaient pas, elle détourna la tête et se mit à manger sans plus s’intéresser à ce qu’il se passait autour d’elle. Jenny la quitta sans un mot après une petite révérence.

 

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