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La Romance Dans tous Ses Etats

La Romance Dans tous Ses Etats

Blog de recettes faciles, idées de balades sur la Côte d'Azur, avis sur les bons (et les moins bons) restos de Nice et sa région. Un peu de films, un soupçon de romans, quelques billets d'humeur .... Bienvenue sur le Blog de Cristiana et Tiphanie.


ROMANCE à lire en Ligne : ANNA Page 7

Publié par Cristiana Scandariato sur 15 Juillet 2017, 10:41am

Catégories : #LIVRES ROMANCE

Romance gratuite à lire en ligne protégée par Copyright Droits d'Auteur avant édition e-Book et papier

 

ANNA PAGE 7

 

La chambre du marquis était la deuxième à gauche du premier étage du grand escalier. Anna y avait pénétré déjà les deux fois précédentes. Une fois les rideaux tirés, elle avait pu jeter un œil sur l’agencement du mobilier. Les meubles étaient sculptés des motifs héraldiques de sa famille : une couronne sur un château fort. Les dossiers de son fauteuil étaient peints de griffons ailés aux motifs bleu nuit. Les armoires, la table et le lit étaient chargés de sculpture, d’ogives et de rosaces gothiques. Mais ce n’était pas un luxe tapageur. La discrétion dans les couleurs apportait un charme masculin dans une pièce bien agencée.

- Il est toujours dans sa chambre ? demanda Anna.

- Il ne la quitte jamais, répondit tristement James.

Il reprit sa respiration, la maintint quelques secondes et, comme pour se donner du courage, expira bruyamment. Il était temps d’y aller. Anna sentait bien les doutes venir assaillir l’intendant. Il ne semblait plus très sûr de lui. Mais il était évident qu’il voulait y croire. Anna se dit qu’après tout, elle n’avait rien à perdre. Elle n’était pas d’humeur à se laisser maltraiter verbalement par le marquis. Elle allait faire un effort pour se montrer aimable. Pour l’Intendant, qui à l’évidence adorait le marquis. C’était normal après tout. Il l’avait vu naitre et grandir. Et en connaissant un peu l’histoire de la famille de Vinster, Anna avait bien compris que Karl n’avait jamais été le préféré. A part pour sa mère et pour James. Son caractère intraitable et sa forte personnalité ne l’avaient jamais fait plier sous les ordres de son père. Une fois entrés, Anna se retrouva dans la pénombre. Les rideaux étaient toujours tirés. La pièce semblait toujours aussi froide et triste.

- Vous n’avez encore rien mangé monsieur, dit James d’une voix plaintive.

La voix du maître se fit entendre. Lente et lointaine.

- Enlevez-moi tout ça James. Je n’ai pas faim.

Anna, usant de la plus parfaite politesse, s’adressa à James :

- Si monsieur ne se nourrit pas convenablement, il est normal qu’il se sente aussi faible.

Karl sursauta au son de cette voix. Il fronça les sourcils et, un peu inquiet bien qu’il s’en voulut de ressentir cette étrange sensation, préféra rugir d’une voix implacable.

- James, ne me dites pas que la sorcière est revenue !

- Bonjour monsieur, répondit Anna. Je vais devoir ouvrir les fenêtres et par conséquent tirer les rideaux pour laisser la lumière pénétrer dans la pièce. J’espère que vous n’y voyez aucun inconvénient.

- Mais que faites-vous ici ? aboya t-il. James, qu’est ce qu’il vous prend de laisser entrer, chez moi, un visiteur sans mon consentement ?

Tout en se dirigeant vers les fenêtres et en tirant les rideaux, Anna répondit calmement :

- Je ne suis pas un visiteur monsieur. J’ai été employée pour vous aider dans votre guérison.

- Quoi ? Je ne me souviens pas de vous avoir demandé de venir.

- Croyez bien que je ne me serais pas précipitée monsieur si mademoiselle de Blanchery ne me l’avait demandé comme un service.

James remercia mentalement la jeune femme d’avoir donné le nom de la demoiselle au lieu du sien. Vu la réaction du marquis, il ne sut plus trop s’il lui aurait vraiment pardonné ce geste.

- Si mademoiselle de Blanchery s’intéresse tant à ma santé, elle m’aurait plutôt apporté un assortiment d’ail pour faire fuir les gens de votre espèce !

- Les gens de mon espèce monsieur pourraient se sentir offensés d’entendre de tels propos les concernant. Si vous cessiez de…

- Refermez ces fenêtres immédiatement !

- … Si vous cessiez de vous agiter inutilement monsieur, vous pourriez essayer de garder votre énergie pour commencer les exercices.

Elle se tourna vers l’intendant pour lui demander son aide. Celui-ci se dirigea vers son maître tandis qu’Anna ouvrait les fenêtres. Une légère bise balaya la pièce jusque dans les cheveux de Karl. Celui-ci tourna la tête vers James qui était arrivé à sa hauteur en vue de le soutenir pour qu’il puisse se lever et lui dit sèchement :

- Combien d’années êtes vous à mon service James ?

L’intendant arrêta son geste et d’une voix claire, bien qu’un peu soucieux, répondit que cela allait faire trente ans puisqu’il était déjà là lors de sa naissance.

- Presque trente ans ! répéta Karl. Et bien, je crains que votre service ne dépasse pas le stade du presque. Vous pouvez vous retirer.

Faisant comme si elle n’avait rien entendu, Anna s’adressa à l’intendant pour lui demander de passer son bras sous celui de son maître et de l’aider à se relever. Elle-même se positionna de l’autre côté et fit de même. Karl s’agita et refusa leur aide. De guerre lasse, Anna lui dit alors :

- Monsieur, votre intendant et moi même allons vous mettre debout. Il ne sert à rien de refuser. Nous sommes plus fort que vous.

- En voilà des façons de parler, mademoiselle. D’où sortez vous donc ? Des bas quartiers de Londres ou d’une terre quelconque perdue dans l’Angleterre profonde ? Vous êtes ici chez moi et j’en suis le maître ! Sortez !

- Je ne comprends pas ce manque de volonté qui vous oblige à vous avilir quotidiennement. Je tiens à vous signaler monsieur que dans les bas quartiers de Londres ou dans une quelconque terre perdue de l’Angleterre profonde, un homme se doit de se montrer fort et courageux pour simplement pouvoir survivre. Ils n’ont rien, contrairement à vous. Ni argent, ni fortune, ni aide d’aucune sorte. Vous possédez tout et vous rejetez tout. C’est une honte monsieur.

Karl devint subitement pâle et répliqua amèrement :

- Je crois qu’il serait temps d’arrêter de me faire croire que je pourrais guérir mademoiselle par la seule force de ma volonté. Tourner en dérision mes craintes visibles devant mon état en me berçant d’un espoir inutile ne servira qu’à me démoraliser un peu plus. Ce n’est pas la volonté qui me manque. J’ai juste la force de constater que mon état est irréversible. Il en faut du courage mademoiselle pour se l’avouer car se cacher la vérité est le lot des fats et des imbéciles.

- Croyez-vous que je serai là monsieur si votre cas était désespéré ? Croyez vous que votre intendant serait là à accepter vos remontrances s’il n’avait pas la certitude que vous pouvez vous en sortir ? Cela fait plus de trois mois que vous passez votre temps assis à ne rien faire. Par deux fois vous vous êtes levé et ensuite cela vous a semblé impossible à refaire. Mais croyez vous la guérison miraculeuse ? Nous ne croyons pas au miracle monsieur, ni votre intendant ni moi même. Nous voulons juste une dernière fois vous faire comprendre que vous pouvez guérir si vous aviez un peu de volonté. Mais… voulez-vous vraiment guérir monsieur ?

- Cette question est vraiment d’un goût douteux.

- Non pas monsieur. Vous ne donnez pas l’impression de le vouloir vraiment. Sans doute me suis-je trompée sur vous. Si vous vous êtes comporté en héros durant la guerre c’était peut-être tout simplement parce que mourir vous laissait totalement indifférent. Mais il y a des gens monsieur qui ont perdu une jambe au combat, d’autres qui ont perdu la vue aussi et ces gens là sont obligés de s’accommoder de leur handicap en vivant d’aumônes et d’expédients car tout travail leur est refusé vu leur condition physique. Ils n’ont en outre aucune chance de guérison car leur handicap est sévère et durable. Alors quand je vous vois monsieur, assis dans votre chambre luxueuse, vivant dans ce château luxueux, entouré de domestiques prêts à tout pour vous servir et que vous dénigrez d’un revers de la main et quand je vois ensuite la masse des personnes qui n’ont même pas un toit ni même une chance de se nourrir convenablement en ramassant les miettes des poubelles des rues grouillant de vermine… alors monsieur j’en viens à me dire que si vous êtes ce genre d’homme à se lamenter sur son sort sans réagir, égoïste jusqu’au bout en ignorant le malheur réel et quotidien de ceux qui n’ont plus d’espoir alors oui monsieur j’en viens à me dire que nous perdons notre temps. Restez dans votre solitude et votre mépris. Seulement, le jour où vous réaliserez que peut-être nous avions eu votre intendant, Kate et moi même l’intention de vous aider il sera trop tard. J’ai d’autres combats à mener, d’autres luttes à gagner. Et je n’ai pas l’intention de rester les bras croisés chez vous en attendant un soubresaut de votre part qui n’arrivera jamais. C’est une honte monsieur de se laisser aller. Et je ne partagerai pas cette honte de vous regarder sombrer. Adieu monsieur.

Toute dans sa fureur elle quitta les lieux pour rejoindre sa chambre. Elle commença à vider les armoires pour refaire ses malles. Il n’était pas question de rester une minute de plus ici. Elle n’était pas une domestique, apeurée devant le ton autoritaire d’un maître. Elle n’avait pas de maître. Elle était libre. Elle devait s’en aller. Elle était en train de rassembler ses affaires lorsque la camériste entra.

- Je vous prie de m’excuser mademoiselle, dit la camériste choquée devant l’infirmière qui avait tout sorti des placards, je n’ai sans doute pas rangé comme il le fallait. Mais je vous en prie, laissez moi faire, je vais tout remettre en place selon vos ordres.

- Tout était très bien rangé, n’ayez aucune inquiétude. Mais je rentre chez moi. Je me dois de tout emporter.

La camériste ne répondit pas. Elle se demanda simplement pourquoi la jeune femme semblait fuir un lieu qu’elle venait à peine de franchir. Elle s’avança vers Anna et se permit de lui rappeler qu’elle était aux ordres de mademoiselle et que par conséquent, elle allait elle-même tout réorganiser dans les malles.

- Très bien, répondit Anna pour ne pas la vexer.

A l’évidence, la domestique prenait très à cœur le fait de faire correctement son travail.

- L’attelage sera t-il prêt pour mon départ ? Le savez-vous Jenny ?

- C’est monsieur Corry qui a du se charger de prévenir les palefreniers mademoiselle.

- Il serait préférable que j’aille m’en assurer.

Elle sortit de la chambre et emprunta le couloir. Elle passa devant la chambre du marquis devant laquelle se tenait l’intendant-majordome. Elle s’avança rapidement pour lui poser la question du départ prochain de la diligence privée du marquis quand James lui lança un demi sourire et répondit à une autre question. Celle que son maître avait du lui poser une seconde auparavant puisqu’elle l’entendit dire :

- Oui monsieur, mademoiselle Anna est juste devant moi.

- Très bien, rugit la voix à l’intérieur de la chambre. Je parie qu’elle a encore un petit air outragé, que ses yeux lancent des flammes et qu’elle est partie à la recherche de son balai. Dites moi James, un chat noir roderait-il dans les couloirs ?

Anna plissa les lèvres de mécontentement et secoua la tête dans un signe de désespoir. James répondit :

- Non monsieur, rien de tout cela. Je verrai plutôt une aura de paix flotter autour d’elle.

Elle entendit le marquis ricaner tandis que James se mettait à sourire en regardant Anna droit dans les yeux.

- Mademoiselle Anna, dit alors Karl d’une voix forte, cessez de me faire hurler et venez un peu par ici.

James se déplaça pour laisser entrer la jeune femme. Après un dernier regard sur James toujours souriant, elle se décida à le précéder dans la chambre mais resta à bonne distance. Tout près de la porte de sortie elle dit au marquis qu’elle était prête au départ et qu’elle était venue voir l’intendant pour qu’il lui fasse préparer l’attelage du retour.

- Je crains que votre demande ne puisse trouver un aboutissement acceptable, répondit Karl sur un ton narquois. Tous nos chevaux sont en train de dormir.

- Comptez-vous me faire retourner chez moi à pieds monsieur ?

Il lança un petit rire et répondit :

- Il serait dommage d’abîmer vos petites chaussures sur ces longs sentiers. Venez un peu sur ma droite et montrez moi votre force. Il paraît qu’a deux vous réussirez à me vaincre. J’ai hâte de voir ça.

James s’avança et passa le bras sous le dos de son maître. Il attendait visiblement qu’Anna en fasse autant. Le regard qu’il lui lança lui fit comprendre qu’en effet, il attendait qu’elle se déplace jusqu’à eux pour aider le marquis à se relever. Après un soupir qu’elle voulut discret elle approcha du fauteuil et fit ce qu’on attendait d’elle. Une fois debout, Karl ressentit une douleur atroce dans les lombaires. Ses jambes étaient toujours molles. Il voulut insister mais la souffrance accentua les grimaces sur son visage. Il ne put réprimer un cri. La sueur sur ses tempes vint compléter l’image d’un homme au bord de l’agonie. Lentement, Anna et James le firent asseoir. La douleur était de plus en plus aiguë tout le long de son dos. Il se arqua mais il lui fallut plus d’une minute pour ressentir un léger soulagement. Il se sentait complètement vidé. L’effort qu’il venait de faire et la douleur vive l’avait épuisé. La sensation désagréable était toujours tenace même si les tiraillement dans son dos s’apaisaient un peu. Anna approcha un petit tabouret près du fauteuil et d’une voix toujours polie et calme lui demanda :

- Lors de la bataille, êtes-vous tombé de cheval monsieur ?

Karl hocha lentement la tête tout en essayant de maîtriser sa respiration qui, sous l’effet de la douleur, s’était faite plus rapide.

- Je pense alors que le choc de la collision a fracturé une vertèbre dans le bas du dos, monsieur. Il ne faut plus bouger. Vous devez être opéré en urgence.

Karl secoua la tête et lança sur un ton désagréable :

- Croyez-vous vraiment que je vais aller dans l’une des salles d’opération qui ne sont que de vulgaires scènes de théâtre ouvertes au public par l’achat d’un ticket pour que tout un chacun puisse assister à mon agonie dans des cris de douleur insupportables ? Me montrer en spectacle n’est pas dans ma nature. Que vous me le proposiez me paraît suspect quant à vos réelles compétences. Car quelle étudiante en médecine peut ignorer la barbarie des salles d’opération, lieu où les chirurgiens doivent pratiquer leur art dans un délai rapide pour ne pas voir le patient mourir sous le coup de la souffrance !

Anna prit une intonation plus ferme car elle voulait bien se faire comprendre.

- La pratique médicale monsieur est en train de changer. Grâce à des médecins certes que toute la société scientifique rejette mais qui, par leur insistance et leur compétence, arriveront peu à peu à détruire les barrières de ceux qui ne comprennent rien. J’ai fait la connaissance d’un chirurgien qui révolutionne complètement la médecine par deux principes logiques : se laver toujours les mains avant chaque opération et user de chloroforme pour endormir les patients durant l’intervention. Les résultats ont été spectaculaires. Je ne vous demande pas de me croire sur parole. Recevez-le chez vous, parlez avec lui, écoutez-le. Un homme intelligent et raisonnable comme vous l’êtes monsieur ne pourra qu’accréditer ce que je viens de vous dire.

- Intelligent et raisonnable dites-vous ? Je ne connaissais pas cette facette de votre personnalité mademoiselle. La flatterie !

Karl lança un sourire moqueur.

- Vous devriez au moins attendre que je vous couche sur mon testament avant de m’expédier à une mort certaine.

- Une femme intelligente et raisonnable se doit de vous donner toutes les solutions au problème présent.

- Et modeste en plus, ricana t-il heureux de réaliser que la douleur avait complètement disparu.

- Et il n’y a que deux solutions monsieur. Soit vous ne faites rien et vous finirez vos jours comme un squelette sur un fauteuil qui partira en lambeaux. Soit vous envisagez l’opération et avec elle la chance de guérir.

Durant le silence qui accompagna ses paroles, Anna eut tout le loisir d’observer le profil du marquis. Elle s’attarda sur son nez droit et ses lèvres volontaires. Ses cheveux légèrement ondulés lui arrivaient au creux du cou. Anna ressentit pour la première fois de sa vie une attirance pour la beauté virile qui se tenait assise à côté d’elle. Karl ne bougeait pas. Il laissait aller son regard sur les fenêtres qu’il ne voyait pas. Il paraissait soucieux tout en réfléchissant à la proposition. Sa chemise blanche bouffante dénotait sur son torse mat. Anna retint sa respiration. Gênée par le fait qu’elle le détaillait, elle essaya de comprendre d’où provenait ce fort pouvoir d’attraction qu’il avait sur elle. Ne le trouvait-elle pas immature et moqueur ? Et pourtant, il suffisait de garder le silence pour enrayer la mauvaise opinion qu’elle avait eu de lui. Elle détourna le regard, attendant que le maître daigne lui répondre. Et faire cesser ce léger envoûtement que sa voix sèche allait faire totalement disparaître. De cela, elle en était sûre.

- Pourquoi ce médecin est-il rejeté par ses pairs ? lui demanda t-il alors brusquement, l’arrachant par là même à ses rêveries d’un romanesque risible.

- Parce qu’ils partent du principe que les convictions du chirurgien proviennent d’une conception religieuse de la mort. Contraindre par exemple les praticiens à se laver les mains après une autopsie, revient à les «purifier». Cela sent trop la superstition. Alors que l’évidence est là : l’hygiène est primordiale avant et après tout contact avec un patient. Ou un mort. Quoiqu’il en soit, vous devez vous faire votre propre opinion.

- Je persiste à dire qu’il y a de la sorcellerie à chaque fois que vous ouvrez la bouche. Je ne sais pourquoi je me sens prêt à croire à vos paroles doucereuses. Ou tout du moins à essayer. Car s’il y a une chose à laquelle je crois c’est que je n’ai rien à perdre.

- Et tout à gagner.

Il se tourna vers elle et lui sourit. Anna ressentit une forte pression sur son ventre comme si ce simple sourire l’avait poignardée. Il était réellement séduisant et le charme opérait. Elle devait se reprendre avant de se rendre ridicule à ses propres yeux. La promiscuité du comte ne l’avait jamais mise mal à l’aise. Aujourd’hui cependant, elle essaya de comprendre pourquoi, en une fraction de seconde, tout le ressentiment qu’elle avait ressenti pour lui avait disparu avec un seul sourire. Elle était trop jeune, se reprocha t-elle et pas encore à l’aise avec les hommes.

- Et l’opération se fera sans douleur ? Comment est-ce possible ? Va t-il m’hypnotiser ?

- Non monsieur, il usera de chloroforme.

- Très bien, réussit-il à dire en détournant de nouveau la tête vers les fenêtres en face de lui. Je ne veux même pas savoir ce que c’est. Vous me donnez l’impression d’être un écolier pris en faute de ne pas avoir appris ses leçons. Et c’est une sensation…

- Désagréable ?

Il souriait toujours sans la regarder. Il posa la tête sur le coussin et ferma les paupières.

- Et pour mes yeux ?

- L’aloès suffira. Nous essaierons une thérapie médicinale alliée aux plantes. Le chirurgien Semmelweis vous en parlera mieux que je ne pourrais le faire. Car je n’ai pas encore terminé le premier chapitre de son livre sur la Vie des plantes et les remèdes médicinales qui s’y rattachent.

- Je connais les vertus thérapeutiques des plantes. Ma mère en a souvent fait usage pour les petits maux quotidiens lors de mon enfance.

Il se redressa lentement en appelant son intendant-majordome. Celui-ci s’exécuta immédiatement en lançant un « Oui monsieur ? » toujours aussi courtois.

- Faites préparer une chambre à mademoiselle la pythie. Essayez de voir si nous n’avons pas quelque part dans le grenier un quelconque grimoire qui lui servira de livre de chevet. Essayons de la mettre à son aise.

Il partit d’un grand rire et Anna se leva. Après tout, se dit-elle, il était bel homme c’était certain mais un peu trop antipathique pour qu’elle lui accorde le moindre intérêt. Elle quitta la chambre complètement rassurée.

 

 

 

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