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La Romance Dans tous Ses Etats

La Romance Dans tous Ses Etats

Blog de recettes faciles, idées de balades sur la Côte d'Azur, avis sur les bons (et les moins bons) restos de Nice et sa région. Un peu de films, un soupçon de romans, quelques billets d'humeur .... Bienvenue sur le Blog de Cristiana et Tiphanie.


ROMANCE à lire en Ligne : ANNA PAGE 6

Publié par Cristiana Scandariato sur 11 Juillet 2017, 19:39pm

Catégories : #LIVRES ROMANCE

ANNA PAGE 6

 

Mai 1855

 

Anna se trouvait dans la calèche élégante que l’intendant James Corry lui avait envoyée. Il était tout juste neuf heures du matin quand, après un dernier soupir bruyant, Anna s’y installa. Ses malles qu’elle avait préparées pour les Etats-Unis se trouvaient maintenant en partance vers le domaine du marquis dans une diligence qui arriverait certainement avant elle. Car pour l’instant le cheval allait au pas. Anna en profita pour arrêter de bouder une seconde. La décision avait été prise, il fallait maintenant faire avec. La voiture était découverte avec une capote repliable si jamais elle le désirait. Mais elle avait répondu au cocher qu’elle préférait voyager sans encombre au dessus de sa tête. De toute façon, elle était suffisamment couverte et l’air était doux. Elle avait opté pour une tenue sobre de couleur marron foncé. Les cols étaient montants et le corsage ajusté sur un petit carré qui lui dénudait quelques centimètres de peau sur le devant. La dentelle sur les côtés apportait une note distinguée à l’ensemble. Son corsage était très cintré et sa jupe ample était plissée à la taille. L’habit était strict et convenait pour un voyage de plus de trois heures si le cheval n’augmentait pas son allure. Un petit chapeau, marron également, retenait son opulente chevelure brune qu’elle avait matée dans un chignon. La saison promettait d’être belle et lorsque le cheval, une fois dans les chemins libres d’un paysage vert et boisé, se mit à trotter, Anna perdit de son amertume en observant la nature et ses merveilleuses couleurs printanières. Elle ressentit une sensation de légèreté et de plénitude, se laissant bercer par le bruit des sabots. La calèche était capitonnée de satin. Elle pouvait donc se laisser totalement aller au confort en attendant que le temps passe. Le cocher devant elle était assis sur un siège en bois orné de velours. Le cheval était blanc avec une longue crinière peignée, ce qui lui donnait fière allure. Il possédait lui aussi de la noblesse et de la grâce. Les voyages en attelage était un luxe que peu de personnes pouvaient s’offrir. Autant profiter de ces quelques instants agréables avant de pénétrer dans l’antre au lion. Le marquis avait tout intérêt à se montrer docile, correct et respectueux. Sinon, avait-elle annoncé à Kate, elle s’en irait sans demander son reste. Mais, après réflexion, elle se dit qu’avec le salaire qu’on allait lui octroyer, avec une avance d’un mois que l’intendant lui avait remis en main propre le jour de sa venue chez elle, elle aurait plus de largesses pour ses projets d’avenir. Elle avait des économies bien sûr. Mais il ne fallait pas dédaigner ce qui représentait pour elle une petite fortune. L’intendant n’y était pas allé de main morte. Le salaire proposé était suffisamment important pour qu’elle se décide finalement à faire pénitence dans le château du marquis. Le trajet fut plus rapide que prévu. Il n’était pas encore onze heures quand elle arriva devant les hautes grilles du château. L’intendant vint personnellement à sa rencontre, escortée par deux servantes. Il lui souhaita le bonjour et lui demanda si elle avait fait bon voyage. Un simple « Oui, merci » sortit de la bouche de Anna. James lui présenta ensuite les deux servantes dont l’une qui avait été désignée comme camériste exclusivement aux ordres de la jeune femme. Anna la salua poliment d’un léger hochement de la tête.

- Vos malles sont arrivées mademoiselle, lui dit alors l’intendant. Vos affaires personnelles sont déjà rangées. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer la chambre qui vous a été réservée.

Anna suivit la femme de chambre et l’intendant dans les mêmes longs corridors richement décorés. Ils traversèrent le long vestibule, passèrent devant une salle de jeu avec un billard qui plantait le décor puis ils arrivèrent dans un salon meublé d’ébène. Sur la droite elle remarqua l’immense escalier. Avant d’accéder à l’étage, elle songea qu’on allait lui proposer une chambre située au dernier étage, le lieu occupé par les employés et les domestiques. Au lieu de cela, James la conduisit tout au fond du couloir des appartement privés. Cet étage faisait partie intégrante du domaine privé du marquis et les chambres qui l’entouraient ne devaient appartenir qu’à la famille ou aux invités prestigieux.

Tout d’abord, elle fut estomaquée par la beauté d’une œuvre d’art. Elle remarqua, ébahie, les panneaux muraux garnis d’une tenture damas mauve. Puis, ce fut le gigantesque lit qui attira son regard. Le lit était réellement monumental et très ouvragé. Les socles des chevets était ornés d’une femme grecque vêtue d’un pagne avec un croissant de lune sur le sommet de sa tête. Comme une couverture symbolisant la nuit. Au dessus du lit tombaient gracieusement des rideaux de mousseline et les tentures en damas de soie étaient relevées. Le bas du lit était recouvert d’une élégante guirlande de fleurs en or. Les draps qui recouvraient la couette semblaient accueillants et d’un mauve légèrement plus foncé que celui des tentures. Une grande armoire en acajou se situait à l’autre extrémité. Une petite table et un fauteuil mis à disposition près de la fenêtre derrière laquelle on apercevait une jolie terrasse qui donnait sur les jardins du rez-de-chaussée. Anna se retourna vers James et lui dit d’une voix changée, presque timide :

- Cette chambre est bien trop luxueuse. Elle est réellement magnifique mais… en toute honnêteté je pensais en avoir une plus… enfin… plus humble.

- Vous allez rester ici durant au moins trois mois. Il est logique et raisonnable que vos quartiers soient suffisamment douillets et accueillants pour que vous vous y sentiez bien. Nous prenons très à cœur l’aisance de nos invités.

Anna lâcha un petit rire.

- Je ne suis pas une invitée monsieur Corry. Tout ceci me gêne. Vous remercierez monsieur le marquis.

C’est alors que James demanda à la camériste de se retirer. Elle obéit sans discuter. Cinq secondes après, James invita Anna à avancer un peu plus avant dans la pièce. Il referma la porte après mille précautions pour ne pas sans doute que le bruit d’un cliquetis disgracieux vienne entacher la féerie du lieu.

- Mademoiselle, je me dois de vous dire que monsieur le marquis n’est pas au courant de votre arrivée. Je ne l’ai pas tenu informé de votre venue. J’ai pensé, comme je le pense encore du reste, avec une conviction profonde, que vous êtes la personne idéale pour remettre mon maître sur pied et…

Mais Anna ne le laissa pas terminer.

- Il n’est pas au courant ? J’ai annulé mon voyage, mes malles ont été expédiées ici et à ce que je vois mes affaires ont déjà été rangées. Et il n’est pas au courant ?

James vit bien l’air intrigué de la jeune femme et fut satisfait de ne pas y avoir lu, du moins pas encore, une once de mécontentement. Elle paraissait simplement surprise et non pas en colère. Ni alarmée le moins du monde.

- Je suis l’intendant du marquis. Je suis aussi son majordome. Je dirige non seulement l’ensemble des domestiques de la maison mais je m’occupe aussi de la gestion du domaine. Les dépenses quotidiennes font partie de ma tâche. C’est moi qui vous ai engagée.

- Mais c’est monsieur le marquis qui paie n’est-ce-pas ? Et comme il ne sera certainement pas satisfait de ma venue surprise, sans doute va t-il vouloir me chasser. Et vous m’avez déjà avancé un mois de salaire. Et de plus mon voyage a été annulé. Je suis, à cause de vous, dans une mauvaise posture. Monsieur le marquis est le maître chez lui je suppose. Même si vous avez toute sa confiance vu les tâches qui vous sont confiées, je me doute que le fait de m’avoir embauchée sans son accord risque de l’énerver. Et ce n’est déjà pas un homme facile. Vraiment, vous venez de me mettre dans de beaux draps.

Cela dit, elle lui sourit en rebondissant gracieusement sur la couette lorsqu’elle s’assit sur le lit.

- Je sais que vous appréciez votre maître, continua t-elle toujours en souriant mais sur un ton plus ferme. Mais je pense qu’après ce que vous venez de faire, il ne vous porte plus trop dans son cœur. Je ne veux pas me sentir responsable de votre probable humiliation devant une rétrogradation de vos prérogatives. Peut-être va t-il faire de vous après cela un simple valet de pied.

- Je connais mon maître. Et je vous connais aussi.

Anna lui lança un regard en biais. Il poursuivit :

- Il a besoin de vous. Il a besoin d’aide. Vous seule saurez le convaincre, je n’ai aucun doute là dessus.

Anna grimaça en détournant la tête. Elle ôta son chapeau, passa ensuite ses paume sur son ventre pour détendre les plis du corsage. Puis elle se leva et lui dit :

- Il ne sert à rien de réfléchir sur les multiples représailles de votre maître. Allons le lui dire de suite. Mais je vous préviens, je garderai mes gages quoiqu’il en soit. On ne se moque pas de moi impunément monsieur l’intendant. Si mon voyage a été annulé pour rien, je réclamerai mes trois mois de salaire avant de quitter le château. C’est à dire dans moins d’une heure si je me souviens bien de la rapidité avec laquelle votre maître se débarrasse des visiteurs.

Quand elle le dépassa pour sortir de la chambre, elle eut un moment d’hésitation puis vint se planter devant lui. Ses mains appuyées sur les hanches, elle avait un petit air rebelle qui était totalement renversant. James lui sourit de nouveau lorsqu’elle lui lança d’une voix tranquille :

- Mais vous êtes fou monsieur ! L’ogre va vous dévorer tout cru.

 

 

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