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La Romance Dans tous Ses Etats

La Romance Dans tous Ses Etats

Blog de recettes faciles, idées de balades sur la Côte d'Azur, avis sur les bons (et les moins bons) restos de Nice et sa région. Un peu de films, un soupçon de romans, quelques billets d'humeur .... Bienvenue sur le Blog de Cristiana et Tiphanie.


ROMANCE à lire en Ligne : ANNA Page 5

Publié par Cristiana Scandariato sur 7 Juillet 2017, 19:32pm

Catégories : #LIVRES ROMANCE

 

ANNA PAGE 5

 

Deux semaines après, Anna se sentait fébrile. Car son prochain départ pour les Etats-Unis avançait à grands pas. Elle ferma sa deuxième malle et s’affala sur le fauteuil. Sa robe de mousseline blanche lui faisait une taille de guêpe. Les volants se soulevèrent lorsqu’elle s’assit brusquement. D’un geste de la main elle les rabattit. C’est à ce moment qu’on frappa à la porte. Elle grimaça une seconde puis se décida à aller voir un peu qui avait l’audace de la déranger après ces heures à courir dans tous les sens pour faire ses valises. Elle eut la surprise de découvrir Kate sur le pas de la porte, un grand sourire aux lèvres.

- Je m’excuse de vous déranger sans m’être annoncée mais chère Anna ce que j’ai à vous dire est de la plus haute importance.

- C’est toujours un plaisir de vous voir Kate ! C’est une agréable surprise. Je viens juste de finir mes malles. Je suis prête pour le départ, je suis si impatiente !

Anna allait proposer à Kate d’entrer lorsqu’elle aperçut un homme d’un certain âge qui se tenait un peu en retrait. Il avait la cinquantaine, était bien mis de sa personne et son visage ne lui était pas totalement inconnu.

- Je vous présente Mr Corry. En fait, tous les deux nous avons des choses à vous dire.

Anna les laissa entrer puis les dirigea dans son petit salon après leur avoir proposé un thé. Il était cinq heures, l’heure parfaite pour entamer une petite discussion en buvant une petite tasse suivie de petits gâteaux frais. Les invités s’installaient tandis qu’Anna versait le liquide dans de petites coupelles. Kate ôta son châle. L’homme conserva son pardessus.

- Monsieur Corry est l’intendant du marquis de Vinster, annonça alors Kate après avoir piqué un morceau de cake. Je crois savoir que vous vous êtes rencontrés.

Anna jeta un regard à l’homme assis. Il était plutôt beau avec sa chevelure grisonnante et son visage aux fortes mâchoires carrées.

- En effet, répondit simplement Anna. Comment va le marquis ?

C’était une question de pure politesse et Anna s’attendait à une réponse banale. Kate se jeta sur l’occasion pour annoncer à la jeune femme le but de sa visite.

- Il ne va pas bien du tout Anna. Il a replongé dans un état de passivité qui nous fait craindre le pire. Monsieur Corry m’a dit à quel point vous l’avez impressionné lors des deux visites que vous avez faites au château, n’est-ce pas James ?

- En effet, répondit l’intendant. Vous avez réussi un véritable prodige en le forçant à se lever. Je pensais qu’après votre départ, l’autre infirmière et moi même arriverions à lui faire continuer ses exercices. Mais il me semble que nous ne sommes pas assez qualifiés pour cela. Il refuse tout bonnement notre aide. Il se montre, comme vous pouvez le deviner, très moqueur vis à vis des infirmières qui se succèdent depuis deux semaines sans succès.

- Il refuse leur aide ? demanda poliment Anna.

- Oui mademoiselle. Nous avons alors fait appel à trois autres infirmières plus âgées et qui avaient une excellente réputation. Et bien, même elles n’ont pu obtenir de mon maître la moindre attention.

Anna lança un petit soupir discret et répondit calmement à l’intendant tout en le fixant :

- Votre maître est caractériel. S’il ne veut pas se soigner, personne ne pourra le faire à sa place. Il est déterminé à passer le reste de sa vie dans un fauteuil et les yeux éteints. Je crois que son cas est désespéré.

Kate sauta de nouveau sur l’occasion en reprenant la parole :

- Monsieur Corry est venu me dire l’état dans lequel le marquis se trouvait et il m’a signalé qu’avec vous, les choses s’étaient plutôt bien passé.

Kate jeta à Anna un petit regard interrogateur. Mais Anna n’avait pas du tout envie d’entendre la suite. Elle commençait à comprendre ce que tout cela impliquait. Elle essaya la manière douce pour répondre :

- Pourquoi me dites vous cela ?

- James et moi pensons que la seule façon de soigner Karl de Vinster est de vous prendre pour infirmière chez lui à temps plein.

Anna d’un bond se leva. Elle arrangea machinalement son chignon tout en arpentant la pièce rapidement. Mais elle ne put conserver son calme quand elle répondit sèchement :

- Ce n’est même pas la peine d’y songer. Mes valises sont faites, mon billet est réservé. Alors je ne comprends pas très bien le sens de votre demande.

- Anna..

- Non Kate. Je sais que le marquis est de vos amis et je loue votre fraternelle amitié que vous lui accordez en essayant de le soigner malgré lui. Mais je n’ai pas pour ambition de devenir garde malade.

- Anna…

- Il est prétentieux et colérique. Moqueur et continuellement insatisfait. Naturellement qu’il pourrait marcher de nouveau. Mais que peut-on y faire s’il refuse notre aide ?

L’intendant prit un ton doux pour lui répliquer qu’elle même en avait été capable.

- Anna, asseyez vous, lui dit alors Kate.

La jeune femme s’exécuta tout en lançant d’une manière brutale qu’il était hors de question d’annuler son voyage pour un homme qui n’avait de respect pour personne et encore moins pour lui.

- Le marquis de Vinsley est un homme très bien, je vous assure. Je le connais. En fait tout a commencé quand mes parents ont voulu me forcer à épouser un homme de ma condition que je n'aimais absolument pas. Il m'a aidé à braver l'interdiction de ma famille de poursuivre mes études. Je ne savais plus vers qui me tourner pour m'éloigner d'un mariage arrangé. Le marquis m'a aidée, Anna. Il a pris en charge le financement de mes études malgré le peu de soldes qu'il avait en tant que cadet de famille. Il l'a fait parce qu'il savait que j'aimais l'un de ses amis et que c'était lui que je voulais épouser. Il l'a fait pour son ami et j'en ai été la bénéficiaire.Mon époux et moi-même lui devons notre félicité. C’est de cette manière que j’ai fait la connaissance de celui qui allait devenir le seul héritier du domaine.

- Kate, souffla Anna.

- C’est ainsi qu’il est. Je n’ai jamais pu supporter son père, un coureur de jupons qui trompait sa femme allègrement et qui entretenait deux maîtresses. Je n’ai jamais pu supporter son frère qui a suivi le même chemin tracé par son père. Mais la marquise était une femme intelligente, instruite. Karl de Vinster l’est tout autant.

- En effet, reprit Corry. Je suis l’intendant du domaine depuis plus de trente ans. Karl de Vinster a toujours été un enfant intelligent et respectueux. Bien sûr il a toujours possédé ce caractère rebelle et moqueur. Il fallait être fort déjà pour ne pas sombrer dans la démence quand il se mettait à vous houspiller. Mais je le connais et je l’apprécie. Je l’ai vu naître et je l’ai vu grandir. Je ne peux concevoir l’idée de le savoir malheureux.

- Tout ceci est bien touchant, répliqua Anna. Mais cela n’a aucun effet sur moi. Mon avenir ne se limite pas à devenir garde malade. Kate, vous connaissez très bien mes ambitions.

- Bien sûr que je les connais. Et vous me connaissez parfaitement Anna : je ne vous aurais jamais demandé un service qui pourrait nuire à votre carrière. Passez juste trois mois chez le marquis. Aidez le à se remettre en selle. Vous êtes suffisamment intelligente pour le rallier à notre cause. Car les hommes influents sont les bienvenus pour nous aider dans nos démarches.

- Il n’a que faire de l’égalité. Il ne pense qu’à lui. Son égoïsme le pousse à chasser tous ceux qui seraient à même de l’aider. Il les rejette tous.

- Il ne vous a pas rejetée Anna.

- Bien sûr que si ! Mais je suis restée. Pour vous Kate, car je savais que vous vouliez savoir s’il était condamné ou s’il y avait une chance de guérison.

- Il y a une chance de guérison si c’est vous qui…

Anna se leva de nouveau pour arpenter la pièce.

- Hors de question.

- Ralliez le à notre cause Anna. Il a déjà l’esprit tourné vers l’émancipation. Trois mois chez lui à le soigner et vous pourrez entamer des discours intéressants sur l’égalité des hommes et des femmes. Il aura une oreille attentive quand il réalisera qu’il pourra voir et marcher de nouveau. Il a une belle âme. Mais si vous connaissiez les tourments qui l’habitent ! Il se sent abattu, seul et impuissant. Il a toujours été un bel homme et a eu la vie facile malgré son statut de cadet. Mais son propre père l’a envoyé à la guerre avec la certitude qu’il n’en reviendrait pas vivant. Et cela n’a pas eu l’air de l’inquiéter tant que son premier héritier était en vie. Pouvez-vous imaginer la détresse qui est en lui ? Imaginez les démons intérieurs qu’il combat quotidiennement et qui ne lui laissent aucun moment de répit. Je ne vois que cela pour expliquer son manque de combativité devant ses blessures et le fait qu’il veuille se laisser mourir lentement.

- Kate, par pitié, ne sombrez pas dans le mélodrame, vous allez me faire pleurer, répondit Anna en forçant sur son ton ironique et méchant.

- Votre rémunération sera à la hauteur de vos attentes, lui dit alors l’intendant. Vous serez munie d’une belle somme qui vous aidera largement lors de votre voyage aux Etats-Unis. Ce ne sera que partie remise. Qu’est un léger retard dans vos projets devant la perspective de venir en aide à un homme en détresse ?

- Vraiment monsieur Corry, quel panache et quel ton ardent ! Vous devriez postuler pour un rôle de tragédien. Kate connaît une grande actrice. Je suis sûre qu’elle pourra vous trouver un rôle adapté à votre talent. Qu’en pensez-vous ? La gloire et le fortune vous attendent peut-être à la croisée des chemins.

- Mademoiselle, répondit l’intendant en souriant, vous êtes de la même trempe que mon maître. C’est dire tout le respect que j’ai pour vous.

 

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