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La Romance Dans tous Ses Etats

La Romance Dans tous Ses Etats

Blog de recettes faciles, idées de balades sur la Côte d'Azur, avis sur les bons (et les moins bons) restos de Nice et sa région. Un peu de films, un soupçon de romans, quelques billets d'humeur .... Bienvenue sur le Blog de Cristiana et Tiphanie.


Romance à lire en Ligne : Anna Page 4

Publié par Cristiana Scandariato sur 3 Juillet 2017, 19:29pm

Catégories : #LIVRES ROMANCE

 

ANNA : PAGE 4

 

Le lendemain matin, à dix heures, la diligence s’arrêta de nouveau devant les portes du château. Anna ôta son chapeau blanc. Toujours en tenue d’infirmière avec ses manches bouffantes bleues, elle se trouvait mal fagotée. Après tout, le marquis n’y voyait rien. Et sans doute que son ironie naturelle ne réussira pas à l’entraîner aussi loin concernant le détail de sa tenue. Elle se frictionna un peu les cheveux tenus dans un chignon serré qui lui dégageait l’ovale parfait de son visage. Ses yeux verts et limpides l’irradiaient de mille étincelles de malice. Elle était belle sans le savoir expressément. A part son cousin, personne ne lui avait fait une cour pressante. Mais elle passait son temps la tête baissée à étudier ou à soigner des malades qui avaient autre chose en tête que de détailler son visage avec attention. Et puis le chapeau blanc et la tenue réussissaient à cacher ses charmes. L’intendant venu lui ouvrir la porte lui sourit en la détaillant rapidement des pieds à la tête. Anna lui présenta son bonjour puis elle le suivit comme la dernière fois dans les dédales des couloirs du château. Une fois arrivés devant la porte de la chambre du marquis, l’intendant se tourna vers elle et lui sourit de nouveau. Puis il ouvrit la porte en annonçant à son maître l’arrivée de l’infirmière.

- Bonjour monsieur, lança Anna calmement.

Karl tourna vivement la tête au son de la voix qui ne lui était plus inconnue.

- Comment ? s’exclama t-il de sa voix toujours sèche, Encore vous ? Mais combien de temps encore vais-je devoir subir la présence d’une sorcière à mes côtés ? James, veuillez la faire sortir je vous prie.

Anna s’avança en levant les yeux au ciel.

- Vous n’allez pas recommencer, monsieur. Cette scène, vous me l’avez déjà joué hier. Se renouveler n’est pas une mauvaise chose.

Karl fit une moue suffisamment visible pour qu’elle la vit. Puis il lui lança sèchement :

- Je n’ai pas réussi à bouger mes jambes. Ni après votre départ ni ce matin. Si je les bouge lorsque vous êtes là, vous comprendrez qu’il me sera nécessaire d’alerter les autorités de la présence d’une sorcière chez moi !

- Je suis venue pour nettoyer et désinfecter vos yeux, monsieur. J’ai apporté l’Aloès avec moi.

Elle déposa sa sacoche sur la table tandis que lentement l’intendant refermait la porte. Il tenait absolument à visionner la scène qui allait se jouer devant lui. Il voulait savoir si la jeune infirmière allait réussir un nouveau miracle ce matin. Naturellement, il se doutait bien qu’elle ne possédait pas de pouvoirs magiques. Sa façon d’être, volontaire et douce, contrariait tellement son maître qu’il en oubliait son handicap passager. Car James en était sûr maintenant. Son maître pouvait remarcher. Et cette jeune femme avait l’air suffisamment compétente dans son attitude et son caractère pour mener à bien cette entreprise périlleuse. Il savait aussi que si le marquis avait pu regarder la jeune femme, il se serait levé de suite tant elle était belle et gracieuse.

- L’Aloès, articula le marquis avec dédain. Oui bien sûr, mademoiselle amène sur les lieux du crime sa potion miraculeuse ! La question que vous devriez vous poser maintenant est celle ci : Arriverais-je à toucher les bandages de ce charmant marquis sans qu’il me morde les doigts par pures représailles ?

- Vous pouvez agir comme bon il vous semblera monsieur. Je nettoierai mes blessures avec le fameux Aloès. La question que vous devriez vous poser monsieur est celle-ci : Vais-je laisser l’infirmière me prodiguer les soins nécessaires à ma guérison ou vais-je sortir ma première moquerie gratuite pour lui demander de s’en aller dans les plus brefs délais ?

- Je ne me poserai jamais ce genre de question. Car il est évident, vu mes bonnes dispositions d’une politesse exquise, que mon devoir est de vous laisser me soigner.

Anna s’assit à côté du marquis. Elle sentit le parfum musqué de son corps. Heureusement qu’il ne se laissait pas aller au niveau de l’hygiène. Il prenait un bain tous les jours avec l’aide de son intendant. Cela était suffisamment étonnant pour le porter à son crédit. Il était sans doute désespéré vu sa santé mais pas suffisamment pour se désintéresser de sa personne. Il y avait encore de l’espoir, se dit alors Anna. Elle lui ôta les bandages. Karl se laissa faire sans un mot. L’intendant toujours devant la porte n’en croyait pas ses yeux. Cela faisait plus de deux mois qu’il en était réduit à chasser toutes les infirmières du coin. Il fut heureux de constater que le fait d’avoir bougé ses jambes hier lui avait peut-être permis de comprendre qu’il devait se laisser soigner sans rechigner. Karl ressentit la douceur de la main d’Anna quand elle lui effleura la joue pour lui écarter les yeux et lui instiller le bain oculaire. Il frissonna, sans en comprendre la raison. Mais il se laissa faire sans dire un mot.

- Il faut laisser les yeux fermés pour bien laisser pénétrer le jus et gardez votre tête en arrière monsieur. Pendant vingt minutes.

- C’est une position très inconfortable, se lamenta t-il.

L’intendant se précipita sur son maître pour lui redresser le coussin et lui permettre une meilleure assise de son cou. Une fois fait, Karl demanda à James de prévenir la servante qu’il désirait prendre le thé. A sa manière, ajouta t-il. C’est à dire avec une goutte de Cognac. Puis, tournant délicatement la tête, il demanda à Anna si elle désirait l’accompagner en prenant le thé avec lui. Il le dit avec une telle gentillesse que la jeune femme fronça les sourcils, un peu inquiète :

- Vous êtes très aimable monsieur. Cela dit, je ne sais si je dois accepter.

- Et pourquoi donc ?

- Je me demande ce que vous allez bien rajouter dans ce thé. Peut-être une lotion qui paralysera mes cordes vocales.

Le marquis sourit à demi. Quand la servante revint cinq minutes après, les deux personnes étaient assises, silencieuses. Le thé leur fut servi et la servante après une révérence s’en alla. L’intendant se tenait toujours au garde à vous dans la chambre, prêt à accourir au moindre son de son maître.

- Je me demande comment je vais bien pouvoir boire le thé avec la tête en arrière. Vous qui êtes une scientifique, vous avez sans doute la solution.

- Je ne suis pas une scientifique monsieur, j’étudie simplement les sciences. Mais j’ai ce qu’il vous faut.

Elle retira de sa sacoche une paille à boire naturelle et la posa dans la tasse. Puis, tout en tenant la nuque du marquis, elle lui mit le bout de la paille dans la bouche et lui demanda d’aspirer. Ce qu’il fit.

- Qu’est ce que c’est que ça ? C’est nouveau ?

- Oh non monsieur, la paille à boire a été inventée par les sumériens au quatrième millénaire avant J.C. C’est juste un brin de tige de seigle naturellement creuse.

- Sorcière et savante ! s’écria t-il. Vous êtes insupportable dites moi ! Etes vous mariée ?

- Non monsieur.

- Vous posez vous la question de savoir pourquoi ?

- Parce que je n’ai aucune envie que ma vie soit soumise à un mari qui ne verra jamais en moi une égale mais un être inférieur obligé à l’obéissance sans discussion.

Karl fit la moue et répliqua ironique :

- C’est sans doute ce que vous vous dites pour vous rassurer. Mais la réponse est sans doute différente. J’ai toujours pensé qu’une férue de science devait trouver son bonheur dans les livres pour ne pas sombrer dans le désespoir que lui procure sa laideur. Car je parie que vous êtes laide, peut-être même difforme et que c’est la raison pour laquelle aucun homme ne veut de vous. En plus de cela vous êtes insolente malgré votre semblant de politesse. Vous possédez tout ce qui effraie les hommes. Vous resterez vieille fille sans doute. Mais une vieille fille savante !

- Oui monsieur.

- Oui ? Aucun soubresaut de révolte dans mes commentaires ?

- Non monsieur. Vous avez certainement raison.

- Vous êtes laide ? lui demanda t-il alors presque déçu.

- Horriblement monsieur. J’ai le nez crochu et des boutons qui parsèment mon visage. Mon chapeau pointu, ma longue robe grise et mon balai sont mes seuls ornements.

Karl partit d’un grand éclat de rire tandis que l’intendant se permit un sourire discret. Anna en profita pour nettoyer de nouveau les yeux de Karl qui riait toujours.

- Tenez vous tranquille monsieur, je vais essuyer vos yeux. Je crois que le port de bandelettes n’est plus utile. Il vaut mieux laisser vos yeux à l’air libre.

Karl lança un ronchonnement sonore tout en appuyant ses paumes sur les bras du fauteuil.

- Vous m’avez suffisamment énervé. Je pense que c’est le moment de voir si mes nerfs vont réussir à supporter mon corps.

Il voulut se lever mais n’y arriva pas. James s’approcha alors et vint attraper le bras du marquis tandis qu’Anna lui tenait l’autre bras autour de son cou pour l’aider à se relever. Il fut debout mais ne réussit pas à bouger les jambes. Cependant, il ressentit une énorme douleur irradier sa colonne vertébrale et se propager dans ses jambes. Il grimaça devant l’effort qu’il fit pour rester debout sans sombrer dans le fauteuil à la première douleur. Trois minutes après, l’effort colossal qu’il entreprit pour rester debout le fit transpirer. Anna aperçut une petite goutte se dessiner sur la tempe du marquis puis descendre lentement le long de sa joue. Il était temps de le remettre dans le fauteuil. Doucement, les deux personnes l’aidèrent à plier les genoux pour qu’il puisse se retrouver assis. Une fois la chose faite, Karl grimaçait toujours. Il arqua son dos et tenta de maîtriser le tiraillement insistant de ses nerfs sur son corps. Anna en profita pour ranger ses affaires dans la sacoche. Pendant que Karl appuyait ses paumes sur ses genoux dans l’espoir de faire cesser la douleur qui lui montait maintenant dans la tête, Anna lui fit une révérence en lui disant aurevoir. En moins de deux secondes, elle était déjà sortie.

 

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